Podcast – Congé maternité quand on est à son compte : ce qu’on ne te dit jamais avec Solene Pignet


– Épisode 75 –

Congé maternité quand on est à son compte : ce qu’on ne te dit jamais avec Solene Pignet

Hey, bienvenue dans ce nouvel épisode de Capture ton Business.

Aujourd’hui j’ai reçu Solène Pignet, fondatrice de Grossesse d’Entrepreneuses, qui accompagne les femmes à leur compte à traverser la maternité sans freiner leur activité, et même, à en faire un tremplin. Et honnêtement, c’est une conversation que j’aurais voulu avoir bien plus tôt.

Parce que le sujet de la grossesse quand on est entrepreneuse, c’est un de ces sujets dont on parle peu, dont on parle mal, et autour duquel il y a beaucoup de flou, beaucoup de peur, et pas assez de récits qui donnent envie.

Alors on a tout mis sur la table.


Entrepreneuse et enceinte : un sujet encore trop tabou

Pourquoi est-ce qu’on parle si peu de la grossesse dans l’entrepreneuriat ? Solène a une réponse directe : le patriarcat. Et elle ne le dit pas pour faire polémique, elle le dit parce que c’est ce qui explique pourquoi les difficultés liées à la grossesse et à la maternité sont encore largement invisibilisées dans notre société.

La règle implicite des trois mois, ne rien dire avant la fin du premier trimestre au cas où, en est un exemple parfait. « Si tu fais une fausse couche, t’as peut-être envie d’avoir des gens pour te soutenir », dit-elle. Faire comme si de rien n’était, serrer les dents, c’est exactement ce qui crée des traumas.

Et côté business, c’est pareil. On ne s’autorise pas à en parler, on n’ose pas poser de questions, on cherche des infos et on trouve le néant. Solène l’a vécu elle-même quand elle était enceinte de son premier enfant : « J’avais cherché sur internet des infos, mais alors c’était le néant absolu. »


La vraie peur : le flou, pas le bébé

Ce qui paralyse le plus les entrepreneuses face à une grossesse, ce n’est pas tant l’arrivée d’un enfant. C’est le flou.

On ne sait pas quand la grossesse va arriver. On ne sait pas comment elle va se passer. On ne sait pas si on va avoir des complications. On a une date de terme, mais deux pour cent seulement des bébés naissent ce jour-là. Et pour une entrepreneuse qui aime planifier, contrôler, organiser, rentrer dans cette zone d’inconnu, c’est profondément déstabilisant.

Solène utilise une métaphore que j’ai trouvée juste : « C’est un peu comme si tu étais à la montagne et qu’il y avait un lourd brouillard qui vient se mettre sur le chemin. Donc c’est un peu paralysant. » Et quand on ralentit à cause du brouillard, on finit par refuser des projets, hésiter sur des contrats, mettre des choses en pause avant même que la grossesse soit là.

La solution, selon elle, c’est d’allumer la lampe torche. C’est-à-dire s’informer, comprendre la physiologie de la grossesse, savoir à quoi s’attendre à chaque trimestre, pour ne plus subir mais anticiper.


Ce que la grossesse fait vraiment au corps (et au business)

Voilà un truc qu’on ne dit jamais assez clairement : la grossesse, même quand elle se passe bien, c’est un effort physique monumental. Solène le pose avec une image qui m’a arrêtée net : « Quand tu es assise enceinte au troisième trimestre, tu dépenses autant d’énergie que quelqu’un qui court. »

Notre corps crée plus de sang pour irriguer le placenta et le bébé, le cœur travaille plus, les poumons sont comprimés, et à la fin de la grossesse on a deux fois plus de sang en circulation qu’en temps normal. Ce n’est pas une métaphore. C’est de la physiologie.

Et quand on comprend ça, on appréhende différemment la fatigue, les jours à plat, l’impossibilité de maintenir le même rythme qu’avant. On arrête de se dire qu’on est faible. On arrête de culpabiliser. Et ça change tout dans la façon dont on organise son activité autour de la grossesse plutôt que contre elle.


Le vrai enjeu : tes clients, pas tes indemnités

Beaucoup d’entrepreneuses se concentrent sur la partie administrative du congé maternité : les indemnités, les droits, les formulaires. Et c’est légitime. Mais Solène pointe quelque chose de plus crucial : « Le vrai enjeu quand on a une grossesse en tant qu’entrepreneuse, c’est pas tellement l’administratif. C’est comment on va faire en sorte que nos parties prenantes ne paniquent pas et ne nous tournent pas le dos. »

Elle raconte l’histoire d’Olivia, qui avait une boutique de robes de mariée et cinq salariées. Elle a tardé à annoncer sa grossesse, ses employées ont flairé la chose, ont paniqué, se sont montées la tête entre elles, et ont toutes démissionné. Olivia s’est retrouvée seule à gérer sa boutique, et a dû fermer. Pas parce que son business n’était pas viable. Parce que la peur s’est propagée avant qu’elle ait pu rassurer qui que ce soit.

L’annonce de la grossesse aux clients, aux prestataires, aux membres d’équipe, ça se prépare. Ça se fait avec les bons mots, au bon moment, en donnant aux gens une vision claire de ce que ça va changer pour eux (souvent : rien, si c’est bien anticipé).


Ralentir peut devenir un tremplin

Solène l’a vécu de l’intérieur, et pas dans les meilleures conditions. Pendant sa première grossesse, elle a été atteinte d’hyperémèse gravidique : des vomissements incoercibles toute la journée, toute la nuit, pendant toute la grossesse. Elle ne pouvait travailler qu’une à deux heures par jour. Son chiffre d’affaires a chuté de cinquante mille euros cette année-là, alors qu’elle venait de passer le cap des cent mille euros l’année précédente.

Et pourtant. C’est pendant cette grossesse qu’elle a écrit son livre, « Le guide de l’entrepreneur durable », paru aux éditions Dunod. C’est pendant cette grossesse qu’elle a mis en place une stratégie d’affiliation, d’automatisation, de délégation de sa communication. Et c’est le mois de sa reprise qu’elle a réalisé presque vingt mille euros de chiffre d’affaires, soit le double de son habituel. « J’ai sauté dans le train qui continuait à avancer. »

Ce n’est pas un miracle. C’est le résultat de ce qu’elle avait préparé, même dans les pires conditions. Et c’est ce qui a forgé sa conviction : « Un ralentissement, ça peut se transformer en opportunité. Quand on délègue plus, quand on automatise plus, quand on se focalise sur ce qui est le plus rentable, ce sont de bonnes pratiques de management d’entreprise. »


Ce que propose Grossesse d’Entrepreneuses

L’accompagnement que Solène a créé part de ce constat simple : on est des centaines de milliers de femmes à accoucher chaque année. Parmi elles, vingt cinq pour cent sont indépendantes. Et pourtant, on réinvente la roue chacune dans son coin.

Son programme est pensé pour être holistique et long. Les clientes rejoignent avant ou au début de leur grossesse, et sont accompagnées jusqu’à la reprise, soit dix-huit mois à deux ans en moyenne. Avec plusieurs intervenantes : une juriste pour le volet administratif, une médiatrice de couple, une consultante en lactation, une experte en délégation et automatisation marketing.

Et tout ça en format collectif, pour que ça reste accessible financièrement, mais aussi pour créer ce que Solène appelle la sororité. « De voir d’autres personnes qui vivent les choses en même temps que nous, ça aide à se projeter. »

Le premier pas ? Un test qui permet de savoir à quel niveau de développement on en est dans son activité, pour choisir les stratégies les plus adaptées. Parce qu’une grossesse quand on démarre son activité, ce n’est pas la même chose qu’une grossesse quand on a déjà une équipe en place.


En Bref

Si tu devais repartir avec une seule idée, ce serait peut-être celle-ci : ce n’est pas le fait de s’arrêter qui va pénaliser ton business. C’est le fait de ne pas anticiper cet arrêt.

Se dire qu’on ne prendra pas de congé maternité pour protéger son activité, c’est une fausse bonne idée. Le corps, lui, ne négocie pas. Et reprendre de zéro, en post-partum, sans prospects, sans élan, c’est infiniment plus difficile que de reprendre sur une belle dynamique qu’on a préparée.

Alors si tu es en projet bébé, enceinte, ou si tu te dis que « ce n’est pas le bon moment », j’espère que cet épisode t’a donné envie d’y regarder de plus près.

Retrouves Solène sur Instagram et sur grossessesdentrepreneuses.fr.

Obéline 💛


PS : Si toi aussi, tu souhaites participer à un de nos podcast pour partager ton expérience dans l’entrepreneuriat, écris-nous !

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