– Épisode 74 –
Bulle Carrée : construire une agence de com fidèle à soi, même loin de la ville
Hey, bienvenue dans ce nouvel épisode de Capture ton Business.
Aujourd’hui je retrouve Pauline, la créatrice de Bulle Carrée, une agence de communication normande basée en plein bocage, à Vassy. Quand on découvre son site et son travail, on sent tout de suite qu’on est face à une personne joyeuse, créative et passionnée. Alors on a papoté ensemble pour comprendre comment elle a construit, petit à petit et sans se cacher, le business qui lui ressemble vraiment. Parcours, organisation, image de marque : elle m’a tout raconté, et honnêtement, je suis ressortie de cette conversation avec plein de trucs à te partager.
Qui est Pauline, la fondatrice de Bulles Carrées
Pauline a 32 ans et vit à Vassy, dans le bocage normand. Avant de lancer son agence, elle a suivi un parcours assez classique côté études : bac littéraire option cinéma audiovisuel, puis une prépa en arts appliqués (une MANAA) à Tréguier en Bretagne, et enfin un BTS en design graphique et communication imprimée à Montaigu. Elle a ensuite fait un stage chez Schueller Graphic, une agence de com à Vire spécialisée dans l’imprimé et la publicité, où elle est restée cinq ans. « Ça a été une très très bonne école, j’ai appris énormément de choses », me dit-elle.
Et puis il y a eu le Covid. Pauline avait déjà commencé Bulle Carrée en double activité, le soir et le week-end, avec ses propres clients. Une situation un peu inconfortable puisqu’elle n’avait pas tout à fait le droit de démarcher en dehors de son cadre pro. La baisse d’activité liée au Covid lui a donné l’occasion de tester grandeur nature : le matin pour l’agence, l’après-midi pour ses clients à elle. C’est là qu’elle s’est rendu compte que ce qui l’effrayait le plus, ne pas savoir se cadrer toute seule sans patron au-dessus d’elle, n’était en fait pas un problème. « Je me suis rendu compte que c’était mes clients qui me donnaient cette rigueur et cette régularité. »
Le nom Bulle Carrée, une histoire pas si hasardeuse
J’adore ce nom depuis le début, et j’avais hâte de savoir d’où il venait. Pauline cherchait quelque chose qui représente le cercle et le carré à la fois, cette ambivalence, ce contraste. Avec son conjoint, ils ont cherché pendant trois mois. Elle lui répétait qu’elle voulait un « rond carré », mais en plus sexy. Et c’est en regardant une série, devant une image d’enfant plongé dans l’eau avec des bulles à l’écran, que son conjoint a lâché le mot : « Bulle ! » Bulle Carrée est né comme ça, presque par hasard, mais avec un sens qui s’est révélé après coup.
Pour Pauline, la bulle représente l’échange, la rencontre, le partage avec ses clients, la communication, la créativité. Il y a aussi ce côté rond, rassurant, presque maternant. Le carré, lui, incarne toute la partie technique de son métier : sérieux, propre, droit, le reflet de son activité print et de l’impression. Une ambivalence qu’elle retrouve dans son propre caractère, comme elle le résume elle-même : « Ambivalente, très ambivalente. »
Pourquoi elle a choisi la SARL plutôt que l’auto-entreprise
Voilà un détail que je trouve hyper précieux pour toi si tu hésites sur ton statut. Contrairement à beaucoup d’entrepreneurs qui démarrent en auto-entrepreneur, Pauline s’est lancée directement en société, en SARL. Ce choix lui a permis de toucher son chômage à 100% pendant deux ans, tout en plaçant l’argent qu’elle gagnait en trésorerie pour développer son entreprise.
Résultat, elle a eu cette sécurité financière qui change tout : « Ça fait qu’on est plus à l’aise devant des clients, et s’il y a un refus, on se sent plus à l’aise. » Elle a pu prendre le temps nécessaire, entre trois et cinq ans selon elle, pour vraiment tester et développer son activité sans la panique du vide qui guette souvent les débuts d’entrepreneuriat.
S’installer dans le bocage normand, un choix assumé
Pauline travaille dans un rayon assez précis : Vassy, Flers, Condé-sur-Noireau, à 45 minutes de Caen. Elle accompagne des artisans, des agriculteurs, des collectivités. Un choix totalement assumé, ancré dans son propre milieu d’origine : « J’étais issue du milieu rural, j’aime beaucoup et je suis très respectueuse de ce milieu. Pour moi, c’était essentiel de pouvoir proposer de la communication qualitative et moderne, même en milieu rural. »
Elle voulait casser certains préjugés, cette idée reçue que la communication serait réservée aux gens en ville, ou trop chère, ou pas faite pour eux. Au tout début, elle s’est heurtée à pas mal de scepticisme, notamment en tant que jeune femme face à des chefs d’entreprise plus âgés. « On prenait un peu pour une illuminée. » Mais elle a appris à ne pas se démonter, et surtout à accepter que tout le monde ne soit pas son client : « C’est pas la bonne personne, c’est peut-être pas le bon public, mais je vais réussir à me trouver un public qui me correspond. »
« On ne fabrique pas juste des images, on crée des visuels »
Cette phrase, je l’ai lue sur son site et je voulais absolument qu’elle me l’explique. Pauline déteste le beau pour le beau. Chaque choix, une couleur, une forme, une police, doit avoir du sens et de l’argumentaire derrière. Et ça va jusque dans sa vie perso, jusqu’au choix de ses chaussures.
Dans son métier, elle rappelle toujours une chose essentielle à ses clients : ce n’est pas eux qu’il faut séduire avec leur logo, mais leurs propres clients. « Il y a beaucoup d’ego dans la création d’un logo. Il faut leur faire prendre conscience que certes c’est leur projet, mais il faut surtout toucher leurs clients. »
Son inspiration, elle la puise absolument partout : dans la rue, dans les boutiques, sur Pinterest, dans la nature, chez les gens qu’elle rencontre directement à domicile. Elle raconte un exemple parlant : celui de Monsieur Xavier, qui vend des aromates près de Vassy. Ses anciennes étiquettes étaient sobres, épurées. En discutant avec lui, Pauline a senti un homme incisif, dynamique, avec beaucoup de caractère. Elle a alors pris un risque : un noir franc, un style graphique et un peu street, tout en gardant le végétal. Le résultat ? « J’ai mis du temps à m’y faire, mais ça me plaît vraiment, je trouve que ça me correspond. »
Le jour où tout s’est effondré, et ce que Trello a changé
Il y a deux ans, Pauline a traversé un début de burn-out. Elle gérait tout de tête, avec des listes éparpillées un peu partout, et ça ne tenait plus. Elle a stoppé son activité pendant quinze jours. Sa sœur a pris en charge la facturation le temps de ce break, et Pauline a tout restructuré sur Trello. « Ça m’a vidé la tête, ça m’a vidé l’esprit. »
Depuis, son organisation tient sur plusieurs piliers : Trello pour la gestion de projet, une mini-liste papier chaque jour pour ses objectifs du jour (« c’est tellement satisfaisant de rayer sur le papier »), et un post-it rose collé à côté de son ordinateur comme ligne de route quotidienne. Elle sépare aussi ses petites tâches de moins de dix minutes, qu’elle enchaîne d’une traite, des grosses tâches qui demandent du focus.
Sur la question des délais, elle a longtemps pratiqué ce qu’elle appelle elle-même la technique de l’autruche, en évitant de prévenir ses clients quand elle prenait du retard. Elle a fini par comprendre que la transparence fonctionne bien mieux : « Valait mieux informer en amont, et souvent ça se passait beaucoup mieux, parce qu’il y avait énormément de compréhension mutuelle. » Les clients ne connaissent pas les coulisses du métier, ni le temps passé en dehors de la prestation visible, alors autant leur expliquer plutôt que de subir en silence.
Côté réseau, Pauline participe depuis trois ans au programme Plato, financé par l’Agefiph via la CCI de Flers, avec un petit groupe de sept entrepreneurs de secteurs très différents. « C’est devenu une petite famille d’entrepreneurs. » Elle a aussi pris un bureau à l’extérieur de chez elle, un vrai cap à passer financièrement au début, mais qui lui donne à la fois de la crédibilité auprès de ses clients et une vraie coupure avec la maison. Elle partage ses repas de midi avec l’association du CIVAM installée à l’étage en dessous, histoire de ne pas rester seule face à son écran.
Une nouvelle image de marque, née en douceur
Il y a quelques mois, Pauline a retravaillé toute son identité visuelle. Le rose fuchsia très ludique et sucré qu’elle avait choisi au départ ne lui correspondait plus : « Je trouvais ça trop artificiel, trop Barbie, ça correspondait pas du tout à l’image authentique, chaleureuse et humaine que je voulais donner. » Elle a introduit du vert et adouci son rose, pour se rapprocher de la nature et de ce qui la représente vraiment aujourd’hui.
Elle a aussi réalisé que ses anciennes photos, très lisses et très professionnelles, cachaient en réalité un manque de confiance en elle. « Je me rends compte que ça ne me correspondait pas du tout. » Le plus intéressant dans cette transformation, c’est qu’elle s’est faite en douceur, sans clash brutal, un peu comme elle l’a appris en devenant maman : les choses évoluent progressivement, et c’est même préférable, parce que les gens s’habituent naturellement au changement.
Ça s’accompagne aussi d’un travail sur le facecam, poussé par une formation en stratégie réseaux sociaux. Le premier exercice a été rude, une quinzaine de prises pour se présenter à la caméra. Aujourd’hui, elle assume beaucoup plus l’imparfait, et constate même que ce type de contenu génère parfois davantage de vues.
Son rapport, un peu tendu, aux réseaux sociaux
Depuis cette formation, Pauline a gagné 37 abonnés et surtout beaucoup plus de contacts directs en DM, y compris de personnes qu’elle ne connaissait pas. Une vraie proximité qu’elle apprécie sincèrement.
Mais elle garde une frustration bien réelle, celle du contenu qu’elle appelle elle-même « poubelle », en référence à son caractère éphémère. Venant du print, un métier où elle crée des supports faits pour durer, elle a du mal avec cette idée que des heures de création s’évaporent en quelques jours sur les réseaux. « C’est complémentaire en termes de communication, mais c’est complémentaire », résume-t-elle, avec cette tension qu’elle assume complètement.
Rêver grand, ça ne veut pas dire construire un empire
Ce qui m’a le plus marquée chez Pauline, c’est sa définition très personnelle de la réussite. Elle ne cherche pas à faire grossir une énorme agence. Son moteur, c’est la liberté, l’autonomie, et la rencontre avec des personnes passionnées à travers ses projets. « La croissance constante, ça ne m’intéresse pas. L’idée, c’est vraiment juste de trouver le juste équilibre. »
Ses envies pour l’avenir concernent surtout le développement de sa formation en réseaux sociaux, et un rêve plus lointain : travailler main dans la main avec des architectes et décorateurs d’intérieur sur des projets globaux, du logo jusqu’au choix de la vaisselle d’un nouveau restaurant.
Si le parcours de Pauline t’a inspirée, je t’invite à aller découvrir son univers sur le compte Instagram Bulle Carrée et sur son site internet, vraiment très chouette lui aussi parle de marketing, de positionnement, et de pourquoi les femmes expertes méritent de prendre leur place sans s’excuser.
Et si cet épisode t’a donné envie d’oser ton propre projet, laisse-nous un commentaire et une note sur ta plateforme d’écoute préférée, ça nous aide vraiment à faire grandir Capture ton Business. À très vite !
Obéline 💛
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