Podcast – Experte mais invisible : pourquoi ton expertise ne suffit pas (et comment changer ça) 👑 – Avec Lauriane de Get Your Com


– Épisode 73 –

Experte mais invisible : pourquoi ton expertise ne suffit pas (et comment changer ça) 👑 – Avec Lauriane de Get Your Com

Hey, bienvenue dans ce nouvel épisode de Capture ton Business.

Aujourd’hui, j’ai eu le plaisir d’accueillir Lauriane, fondatrice de Get Your Com et du podcast Get Your Crown, experte en marketing et communication pour les femmes entrepreneures. On a passé plus d’une heure à parler d’un sujet qui coince beaucoup d’entre vous : pourquoi une femme qui maîtrise son domaine sur le bout des doigts peut rester invisible, sans jamais convertir à la hauteur de ce qu’elle vaut. Et surtout, comment on arrête enfin de se minimiser.


De « apprentie entrepreneure » à Get Your Crown : quand on arrête de se faire toute petite

Lauriane a démarré son aventure entrepreneuriale suite à un burn-out, dans un contexte de harcèlement moral et raciste en entreprise. Pas une petite anecdote de lancement, une vraie décision de rupture. Et elle s’est lancée dans ce qu’elle connaît depuis ses 14 ans : le marketing, par amour de ça, par passion pour aider les gens à briller. Le déclic concret ? Pendant le Covid, elle a vu une restauratrice italienne rentrer en Italie et fermer boutique faute de savoir communiquer sa capacité à livrer. Une fermeture que le marketing aurait pu éviter, selon elle. Et là, quelque chose a cliqué.

Son premier podcast s’appelait Apprentie Entrepreneure. L’idée était de documenter son parcours en temps réel. Sauf qu’il y avait un problème : Lauriane n’est absolument pas une débutante en marketing. Elle a fait toutes ses études dedans. Et le fait de se présenter comme « apprentie » a créé une confusion redoutable : les gens ont collé l’étiquette « débutante » sur toute son expertise, pas seulement sur la partie entrepreneuriat.

« À un moment, j’ai réalisé qu’il fallait arrêter de demander la permission.
Demander la permission, c’est un peu se minimiser, se mettre dans une petite case et se faire toute petite. »

C’est de là qu’est né Get Your Crown : viens, je prends ma couronne, et je t’aide à prendre la tienne. Un repositionnement qui a mis du temps, qui a demandé de vraies remises en question sur qui elle voulait vraiment être sur le marché. Et qui illustre parfaitement tout ce dont on a parlé dans cet épisode.


Quand ta propre com ne te ressemble plus : ce que ça fait vraiment de l’intérieur

Avant d’en arriver aux grandes théories, Lauriane a raconté quelque chose de rare à entendre : la période où elle a mis sa communication en pilote automatique. Et c’est précieux, parce que c’est le genre de truc qu’on avoue difficilement, surtout quand c’est précisément notre métier.

Elle décrivait le fait de poster « en fuyant ». Publier un contenu sans vraiment avoir envie de voir les réactions, parce qu’on n’est pas vraiment dedans. Faire le taf parce qu’il faut le faire, pas parce qu’on a quelque chose à dire ce jour-là.

Ce qui est vicieux dans cette situation, c’est que les résultats peuvent quand même sembler corrects. Les posts peuvent bien fonctionner en portée. Mais ils n’attirent pas les bonnes personnes, ils ne te ressemblent pas, et tu le sens dans ton corps avant même de le voir dans tes stats.

« C’est comme si ça grinçait un peu. Tu sais pas dire où exactement il faut aller mettre de l’huile. Et tu finis par perdre confiance en tes capacités parce que tu te dis : c’est censé être mon expertise et moi je trouve pas où ça bloque. »

Elle a aussi partagé un signal d’alarme que j’ai trouvé particulièrement révélateur : en mai 2025, elle a regardé ses stats et réalisé que c’était surtout ses copines entrepreneures qui engageaient sur son compte, pas ses clientes potentielles. Et là où beaucoup auraient pris ça comme une victoire (« au moins j’ai une communauté sympathique »), Lauriane y a vu un red flag immédiat.

« Ça veut dire qu’on est obligé de me connaître pour aimer mes posts. Mais un compte Instagram, c’est une vitrine dans laquelle tout le monde peut savoir s’il a envie d’entrer ou pas. »

Ce qui l’a sortie de cette spirale ? Aller chercher de l’aide extérieure. Pas forcément payante, mais extérieure. Même des questions naïves posées par des non-entrepreneurs peuvent déjà débloquer beaucoup : « Est-ce que t’as envie de partager naturellement, sans penser business ? » Ce genre de question simple aide à éliminer des pistes, à remettre les pieds dans le plat.


Les trois vraies raisons pour lesquelles une femme experte reste invisible

C’est le coeur de l’épisode. Lauriane a démêlé trois niveaux, et le troisième m’a personnellement donné envie de relire des bouquins de sociologie.

1. Parler de ce qu’on fait plutôt que de ce qu’on pense

La distinction peut paraître subtile mais elle change absolument tout. Deux graphistes peuvent faire exactement le même travail techniquement. Ce qui te donne envie de choisir l’une plutôt que l’autre, c’est sa prise de position. Pas une déclaration politique, juste : pourquoi elle fait les choses comme elle les fait, ce qu’elle pense de certaines tendances, ce qui l’énerve dans son secteur.

Lauriane prend l’exemple d’une graphiste qui ne supporte plus les polices manuscrites et peut t’expliquer pourquoi en détail (lisibilité, tendance surutilisée, etc.). Cette prise de position va naturellement attirer les personnes qui partagent cette sensibilité, ou celles qui veulent justement résoudre ce problème précis.

« Ce qu’on fait, si on reste basiquement à ce qu’on fait, l’IA peut déjà faire la même chose. Ce qui vous différencie de Claude, ChatGPT et Gemini, c’est potentiellement juste que vous pensez. »

2. Le syndrome de l’experte : ne pas parler de ce qui paraît évident

Plus on maîtrise un sujet, plus on oublie que les autres ne le maîtrisent pas. On monte en niveau de langage sans s’en rendre compte, ce qui coupe une partie de l’audience de ta valeur réelle.

Mais il y a un deuxième aspect, moins évident : montrer son processus de réflexion. Quand une cliente expose son problème, une experte a souvent déjà identifié la piste de solution en cinq minutes. Et ce cheminement, cette capacité à diagnostiquer rapidement, on ne le montre quasiment jamais.

« Si tu as une cliente qui arrive avec tel problème, voilà ce que j’en ai déduit, voilà où on est allé chercher. Ce genre de contenu prouve ton expertise parce que tu as pris un exemple concret, les gens peuvent se projeter et venir te voir en mode : ‘Bonjour, tu peux faire le même tour de magie avec moi ?' »

3. Le facteur systémique : l’Authority Gap

Et là on sort la socio. Lauriane évoque le livre The Authority Gap, de Mary Ann Sieghart. La thèse est aussi simple que dérangeante : à expertise égale, on accorde systémiquement moins d’autorité aux femmes.

Le problème, c’est qu’on a balayé une bonne partie de ce mécanisme sous le tapis en l’appelant « syndrome de l’imposteur », comme si c’était uniquement une question de confiance en soi à régler seule dans son coin. En oubliant qu’il y a une dimension éducative et culturelle profonde derrière.

« On éduque les filles à faire, à être de très bonnes exécutantes, mais pas à penser, à être novatrices. Donc quand on se retrouve indépendante, on communique sur ce qu’on fait et pas sur ce qu’on pense vraiment, parce que c’est plus difficile pour nous. »

Elle cite aussi Silencing the Self de Dana Crowley Jack, qui documente ce mécanisme de « silenciation » : on intègre tellement un système de pensée qu’on finit par ne plus dire ce qu’on pense, même quand on en est tout à fait capable.

La bonne nouvelle dans tout ça ? Ces croyances peuvent se déconstruire. Ça demande du travail, de la déconstruction, et de s’autoriser à déranger un peu. Mais ça vaut vraiment le coup.


Comment Lauriane assume qui elle est (et comment ça sert de filtre naturel)

Une des parties de l’épisode qui m’a le plus marquée, c’est quand Lauriane parle de la façon dont elle vit ses prises de position au quotidien.

Elle est une femme noire, en couple avec une femme noire, elle vote à gauche. Elle le dit ouvertement dans ses stories. Et elle perd des abonnés à chaque fois qu’elle le rappelle. Ce n’est pas un problème pour elle, c’est précisément le but : les personnes qui ne souhaitent pas travailler avec elle partent silencieusement, avant même d’entamer la conversation.

Elle raconte aussi l’anecdote de l’appel découverte où une cliente potentielle, en la voyant en visio, a dit « ah mais tu es noire » et a raccroché (bordel…, j’avoue que mon cerveau a bugué à ce moment de l’épisode, ça existe encore ces gens-là ? Comment peut-on être aussi c** ? ).
Sa décision après ça : mettre beaucoup plus sa photo sur Instagram pour éviter ce type de situation.

Et pour s’endurcir face aux critiques, elle a une méthode assez drôle : s’exposer d’abord sur des petits sujets sans enjeu. Elle a notamment partagé que son chat ne mange que du Whiskas, ce qui a déclenché une avalanche de gens lui expliquant qu’elle maltraitait son animal. Elle a tenu bon (et a un avis vétérinaire, merci bien 😄). Et à force d’encaisser des mini-crises sur la nutrition féline, on devient un peu plus blindée pour les sujets qui touchent vraiment à ce qu’on est.

« Ça demande beaucoup de travail, beaucoup de déconstruction, accepter qu’on va s’en prendre dans la tête parfois pour des trucs sur lesquels on ne s’y attendait pas. Mais pour moi, au bout d’un moment, c’était pas possible de continuer à faire semblant que c’était pas là. »


Marketer son offre sans faire une liste de courses

Lauriane anime prochainement une masterclass sur comment marketer son offre (le lien sera disponible ici dès qu’elle est en ligne, semaine du 14 juillet). Et elle a partagé les deux blocages qu’elle voit le plus souvent chez ses clientes.

Premier blocage : parler des caractéristiques plutôt que de la transformation. « Tu auras 4 lives, 3 PDFs, un groupe privé » : c’est une liste de courses. Ce que les gens achètent vraiment, c’est ce que tout ça va changer concrètement dans leur quotidien et leur business. La transformation, pas le contenu du coffret.

Deuxième blocage : la sous-facturation. Elle ne tourne pas autour du pot. Les femmes, avec tout le système de croyances hérité depuis l’enfance, ont de très fortes chances de s’être sous-pricées. Et en plus, elles ressentent souvent le besoin de justifier leur prix avec une liste encore plus longue de ce qu’il y a « dedans », alors qu’une vraie confiance dans la valeur de son offre n’a pas besoin de tout ça.

« Si tu as mis ce prix là, c’est que tu sais que ça vaut ce prix là. Et avec tout le système de croyance qu’on a en tant que femme, il y a moyen que ça vaille même plus que ce que tu as mis. »


Construire une communication qui te ressemble à l’ère de l’IA

Un des échanges les plus concrets de l’épisode portait sur l’IA. Lauriane et moi, on est toutes les deux de grosses utilisatrices de Claude (oui, totalement assumé), et on a comparé nos méthodes.

Sa règle principale : ne jamais utiliser l’IA pour réfléchir à ta place. L’IA structure, reformule, aide à choisir un angle parmi plusieurs. Mais elle ne remplace pas tes idées. Ta façon de voir les choses, le prisme par lequel tu analyses un sujet, personne d’autre ne peut avoir ça.

En pratique, elle fait des vocaux, parfois trois enchaînés de dix minutes, pour sortir tout ce qu’elle a dans la tête sur un sujet sans se filtrer. L’IA absorbe, identifie des angles, et propose. Elle choisit l’angle qui lui parle vraiment, et l’IA l’aide ensuite à structurer de façon digeste. Elle se force aussi à relire ses contenus à voix haute avant de publier : si une phrase ne sonne pas comme elle la dirait naturellement, elle la réécrit. Elle s’est même affranchi de la règle qui dit qu’il faut enlever les adverbes sur les réseaux sociaux, parce qu’à l’oral elle en utilise beaucoup et les enlever ferait que ça ne lui ressemblerait plus.

« J’ai demandé à mes IA de me contredire quand j’ai tort. Parce que sinon elles sont juste là à me tirer les pompes, c’est pas hyper intéressant. »

(Je confirme, c’est une très bonne idée. Et oui, Claude peut aussi te traiter d’arrosoir automatique si tu vas trop loin. Je parle en connaissance de cause. 🌿)


Ce qu’elle dirait à une entrepreneuse qui n’arrive pas encore à s’affirmer comme experte

La dernière question de l’épisode, et la réponse était vraiment bien : auprès de qui tu veux être experte ?

On parle beaucoup de se positionner, de trouver une niche. Mais on parle moins de cette question fondamentale. Lauriane cite une étude sociologique selon laquelle il suffit de savoir 10% de plus que sa cible pour être perçue comme experte par elle. Pas tout le domaine, pas l’ensemble de la discipline. Juste 10% de plus que les gens à qui tu t’adresses.

L’analogie des avocats est vraiment parlante : quand un avocat est diplômé, il n’est pas expert de l’intégralité du droit français. Il choisit un domaine (droit des entreprises, droit commercial, droit de la famille, …) et c’est comme ça qu’il construit une vraie autorité. Pas en essayant de tout couvrir.

« Réfléchis vraiment à auprès de qui tu as envie d’être experte. Et à mon avis, ça va régler une bonne partie de ton syndrome de l’imposteur. »


Pour aller plus loin

Si cet épisode t’a donné envie de creuser, voici les ressources citées par Lauriane :

Retrouves Lauriane sur son site getyourcom.fr et sur Instagram @getyourcom, où elle parle de marketing, de positionnement, et de pourquoi les femmes expertes méritent de prendre leur place sans s’excuser.


Et si cet épisode t’a donné envie d’oser ton propre projet, laisse-nous un commentaire et une note sur ta plateforme d’écoute préférée, ça nous aide vraiment à faire grandir Capture ton Business. À très vite !

Obéline 💛


PS : Si toi aussi, tu souhaites participer à un de nos podcast pour partager ton expérience dans l’entrepreneuriat, écris-nous !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut